Venez vous abriter dans le garage d’Arthur… (Épisode 9)

Le rock garage est toujours dans la place dans Off\On !, la preuve avec un nouvel épisode de »Venez vous abriter dans le garage d’Arthur… ». Pour l’occasion,  coup de projecteur sur un groupe de rock garage en phase de devenir incontournable en cette année 2019, les fantastiques Johnny Mafia !

Pour preuve, pas moins de 20 dates prévues cet été dans les plus grands festivals européens et sans doute une cinquantaine de dates cette année ! Il était donc incontournable qu’on envoie notre spécialiste du genre en la personne de  Gérald pour une petite interview. Surtout que Gérald est raide dingue de leurs deux albums « Michel-Michel Michel »  sorti en 2016 et « Princes de l’Amour »  sorti en 2018 !  Assez blablater, Gérald, je te laisse la parole :

« C’est clair que je suis fan du groupe. Ajouté à ça que depuis que je traine dans le milieu, j’entends parler un peu partout de leur prestation scénique de haute volée. L’interview, c’était donc l’occasion de les rencontrer mais aussi de les voir jouer, bref, un coup double que je ne pouvais refuser. J’ai tout d’abord été reçu par Fred leur manager, un gars qui approche la quarantaine mais qui en fait beaucoup moins. Johnny Mafia c’est un peu ses protégés qu’il suit depuis 6 ans. A ses côtés, ils ont gravi petit à petit les échelons. Ils ont commencé à s’exporter hors de Sens pour parvenir à jouer récemment jusqu’au Québec (Festival des musiques émergentes en septembre 2018). Fred est parmi ceux qui ont milité très tôt pour la scène de concerts à Auxerre « Le Silex » qui est sortie de terre en 2010. Un Bourguignon bien ancré dans son territoire mais très ouvert à tout ce qui se passe dans le milieu culturel en France et dans le monde. Il possède une énergie communicative et est très enthousiaste quant à ses poulains.

Ensuite, l’interview avec Enzo, Fabio, William et Théo que je vous laisse découvrir ci-dessous. Ça a été une très belle rencontre, ils sont venus tous les 4, ont répondu avec gentillesse, beaucoup d’autodérision,  une pointe de taquinerie à l’encontre de l’interviewer (cf « tu ne serais pas breton toi ? »), bref beaucoup de fraicheur, d’humour et de joie partagée de la part de ces jeunes gars intelligents, de 22 ans de moyenne d’âge.

Et sur scène, je peux vous dire qu’ils déchirent. Ça commence dès la balance, rien n’est négligé. Théo –qui est ingé-son dans la vie- veille à ce que sa voix atteigne l’impact qu’il souhaite, chaque instrument est à sa place et le son est gros et énergique. Les spectateurs présents ce soir–là ont pu assister à un set époustouflant avec les rennais Black Boys on Moped en première partie. »

ITW de William, Théo, Fabio et Enzo des Johnny Mafia

(au 1988 Live Club Rennes avant leur concert, samedi 26 janvier 2019 )

Je vous laisse vous présenter…

Enzo : batteur
Theo : guitariste/chanteur
Fabio : guitariste/chœurs
William : Basse/chœurs

Il y a beaucoup de ferveur dans le public à l’occasion de chacun de vos concerts. Avez-vous senti un changement depuis la sortie de « Princes de l’Amour » ou la dynamique est la même depuis que vous vous produisez sur scène, c’est-à-dire depuis le début des années 2010 lorsque vous vous êtes rencontrés au lycée je crois ?

On a commencé le groupe en 2010 mais on tourne vraiment depuis 2014. On est un groupe de lycée à la base, on jouait principalement au lycée. On fait un peu plus de dates en tant que têtes d’affiche récemment. Par exemple les Black Boys On Moped, bon groupe garage rennais, ouvrent nos concerts dorénavant alors que jusqu’à récemment, on avait plutôt tendance à faire les 1eres parties des groupes. Au niveau de la ferveur, on sent une différence dans les villes proches de Sens d’où nous sommes originaires. Quand on joue à Rennes les gens n’en ont rien à foutre ! Enfin on verra ce soir… Tout de même, y’a des villes ou les gens reviennent ou viennent spécialement pour nous voir: Orléans, Châteauroux. On a même joué à Châteaubriant, pas loin de Rennes et il y avait un mec qui a fait 30 bornes pour nous voir ! En conclusion, un peu partout, y’a des gens qui viennent nous voir mais très peu.

« Sens, la capitale du monde »…Vous semblez être très fidèles à votre ville de Sens. Vous y habitez toujours tous les 4 ?

Enzo habite au sud de Sens, à Joigny. Les 3 autres, bien évidemment, on habite Sens. Mais bientôt, Theo va déménager à St-Clément, une banlieue de Sens un peu chaude.

Vos albums sortent sur le label londonien « Dirty Water Records », n’avez-vous pas envisagé de signer sur un (ou plusieurs) label(s) français, à l’instar de ce que font les groupes de rock garage rennais par exemple ?

On a rencontré Paul Manchester du label « Dirty Water Records » en Angleterre au Hipsville Festival de Margate. Il vendait des disques de groupes programmés au festival, on vendait notre merch à côté de lui. On lui a offert un vinyle. Il nous a dit avoir bien aimé notre concert, alors on lui a envoyé l’enregistrement du nouvel album et ça a démarré comme ça. L’album précédent « Michel, Michel » était autoproduit mais là on avait l’occasion de faire le pressage avec lui mais pour pas mal d’autres aspects, on s’est débrouillé …

Si les groupes rennais font comme ça, c’est que c’est dur pour un seul label d’apporter suffisamment de fond à un groupe. Donc les groupes vont démarcher plusieurs labels…

On sent qu’il se passe quelque chose en France autour du rock depuis une dizaine d’années (des villes comme Rennes, Bordeaux, Le Havre ont beaucoup de groupes de rock garage) et en particulier l’année 2018 a été très riche (albums remarqués des Kaviar, puis de JC Satan puis de vous, sans parler au niveau grand public des 2 albums des Liminanas). Vous contribuez à ce revival du rock en France. Est-ce que l’étiquette rock garage vous y aide ?

Le rock garage pour nous, c’est des mecs qui font du rock… cool. Il y a mille styles dans ce qu’on appelle en France le rock garage; Les Limiñanas par exemple, ça ne nous ressemble pas, ce n’est pas ce que nous faisons. C’est peut-être un peu la même humeur mais ce n’est clairement pas la même musique…

L’étiquette rock garage convenait peut-être mieux pour le premier album, et vraiment à ce que nous faisions au tout début… Mais qualifier « Princes de l’Amour » de rock garage, on ne pense pas.

Le rock garage est à la base très sixties, ça évite de dire que c’est rock tout court ou encore punk. Si on devait en donner une définition, on pourrait dire que c’est un truc pop, avec beaucoup de mélodies mais avec une grosse énergie, un peu liée au punk. L’étiquette « rock garage » était très à la mode jusqu’en 2015, maintenant on est en plein dans le rock slacker et le post-skate arrive !

On ne s’est jamais dit, on va faire tel style de musique, pour coller à telle étiquette. A vrai dire , on fait du rock et voilà!


Sur la scène française, quels groupes appréciez-vous? Avec lesquels aimez-vous partager la scène ?

Les Black Boys on Moped avec lesquels on joue ce soir, on les adore. Hier on a joué avec Equipe de Foot , un duo de Bordeaux et c’est vraiment chouette. Pogo Crash Control, on les aime bien aussi. Blue Orchid, ils ont participé à notre soirée release de Prince de l’Amour et c’est cool. Les nantais de Von Pariahs qui sont un peu nos grands frères. Kaviar Special et JC Satan bien sûr…


Et sur la scène internationale ?

On va jouer bientôt avec Mike Krol. Tim Presley, on adore ! Ces deux-là sortent leur nouvel album aujourd’hui. Ramones, Pixies, Nirvana étaient et sont toujours nos références.

Votre nouvel album « Princes de l’Amour » sonne plus produit que le précédent (« Michel-Michel Michel ») mais garde néanmoins une dynamique et un côté spontané. A tire d’exemple, on sent clairement cette progression entre Smell, sur « Michel-Michel Michel », et Crystal Clear sur « Princes de l’Amour ». Est-ce une orientation que vous souhaitez dorénavant suivre sur vos enregistrements ?

Oui on souhaite aller vers quelque chose qui sonne et soit bien enregistré. On s’en fout de la crédibilité de la street, il faut faire du low-fi, sonner dégueulasse, ça non…

Le premier album était enregistré en live, là on voulait quelque chose de plus produit. Il faut dire qu’on aime écouter de la musique. Théo est ingé son, il travaille dans le studio municipal, et enregistre pas mal de groupes de Sens, rap et parfois rock, du coup on réfléchit à faire les trucs nous-même à l’avenir.

A propos de l’ordre des morceaux de votre dernier album « Princes de l’Amour », l’avez-vous pensé pour le vinyl?

Un petit peu. On a passé 2 heures sur le canapé dans notre salon pour le penser. Tu mets la face B, c’est cool. Tu peux n’écouter qu’elle ! La face A non, faut mieux éviter. Pour être plus sérieux, on aime bien l’idée qu’on puisse écouter une face, laisser un peu de silence puis repartir avec l’autre, à fond !!!

A propos de votre identité visuelle, prenez-vous part au travail des graphistes/dessinateurs ?

Anna Croutet, c’est la sœur de Théo. C’était déjà elle qui a fait le visuel du premier album. Elle a fait des affiches pour des concerts. Donc indirectement, par les liens du sang, on y a pris part ! On trouve que le visuel est réussi, on se démarque un peu et le logo est facilement identifiable, sur Spotify ou encore Apple music, Deezer par exemple. C’est une bonne chose.

Même question pour les clips ?

Beaucoup de gens nous ont découverts grâce aux clips « Smell » et « Sleeping ». C’est l’œuvre de Camille Achourt, de Paris, le fils d’un mec qui bossait avec notre tourneur. En ce qui concerne notre 3e clip, sur une chanson de notre nouvel album, c’est notre premier batteur qui se met au cinéma qui l’a fait : « Big Brawl » où on apparaît en métalleux.

Il est ardu de sortir du lot en musiques actuelles, il y a une telle multitude de groupes… Comment pouvez-vous expliquer que vous y êtes arrivés ?

Je ne sais pas si on y est encore arrivé… On est arrivé jusqu’à Rennes par exemple, ce qui n’est déjà pas mal…

Plus sérieusement, le fait de pouvoir tourner beaucoup avec Johnny Mafia est lié à plein de bonnes rencontres. On est intermittent depuis un an pour trois d’entre nous, Théo travaillant comme ingé son pour la bonne ville de Sens.

On faisait nos concerts dans notre coin puis à force de tourner, certains se sont intéressés à notre travail. Comme on dit en Bourgogne, c’est la méthode de l’escargot. On a joué dans notre ville, dans notre département, dans notre région, et en France, en Europe, dans le monde… Planète, système solaire, galaxie, univers…

Y’a plein de monde qui sorte un album et paf, ils tournent. Quand on dit aux gens que ça fait 9 ans qu’on existe, ils ont du mal à y croire. C’est vrai qu’on est jeune, on a tous entre 20 et 25 ans, c’est-a-dire 22 ans de moyenne d’âge mais ça fait un paquet d’années qu’on joue déjà…

C’est vrai que l’âge aussi, ça peut nous aider. Ça nous aide toujours de ne pas avoir des gueules de vieux. Notre manager Fred on l’a rencontré en 2013, c’est le mec qui a fait le plus pour le groupe, il est présent à quasi chacune de nos dates, il se démène, il nous aide à fond. Il y a un côté paternel dans sa démarche qui nous a bien aidés c’est vrai au départ.

Percer en Bourgogne a été plus simple pour nous quelque part. La grande ville, Paris, c’est un peu un piège, il y a plein d’occasions de jouer c’est sûr mais en même temps, les groupes peuvent végéter longtemps aussi, rester jouer sur place. En ce qui nous concerne, après Sens, on a joué au Silex à Auxerre, puis au Café-Charbon à Nevers, à La Vapeur à Dijon. Pour répéter entre nous, c’était 2.50 euros de l’heure à Sens, à Paris c’est inconcevable de pouvoir répéter pour si peu cher.

Actuellement, sur Sens, il y a un peu un creux quant aux groupes. Les lycéens se lancent moins et comme il n’y a pas d’université à Sens, la création d’un groupe ne peut se passer qu’au moment du lycée…

Faites-vous partie d’autres formations/collaborations ?

Théo joue dans un groupe de Punk-Rock qui arrête bientôt : Chuck Twins California, mais reforme un groupe avec les mêmes personnes. William joue dans Les Abrutis, sans oublier les projets solos de Théo – Pukko, le nom vient d’un effet sur un logiciel à la con- et Fabio – Thee Grinch. Thee Grinch était un groupe au départ et Fabio a continué tout seul, avec un projet sorti sous forme d’une K7 sur Howlin Banana. Maintenant que ses potes sont de retour à Sens, ils vont essayer de rejouer ensemble.

Pour faire un peu de pub pour les autres formations de Sens, dans le style rock, il y a aussi Glace – le groupe de notre premier batteur et aussi du beau-frère de Théo, qui est un peu le gourou de la scène rock à Sens. The Blinds, Chantilly Bears, et Sutcliffe.

Pouvez-vous nous parler de la tournée à venir ? Des festivals qui vous attendent ?

  • 24 mai – Le Rack’am – Bretigny sur Orge
  • 25 mai – Festival Bon Moment – Nancy
  • 29 mai – Espace Django – Strasbourg
  • 01 juin – Festival This is not a love song – Nîmes
  • 07 juin – Crumble Fest – Montaigu (85)
  • 08 juin – Festival VYV Les Solidarités – Dijon
  • 21 juin – Fête de la Musique – Sens
  • 22 juin – Café Racer Festival – Circuit de Montléry
  • 29 juin – Festival M’né Le barouf – St Gilles du Mené (22)
  • 05 juillet – Festival Pause Guitare – Albi
  • 06 juillet – Festival Les Bouffardises – Coux et Bigaroque (24
  • 12 juillet – Festival Rock’A’Bylette – Autun (71)
  • 13 juillet – Festival Décibulles – Neuve-Egllise (67)
  • 25 juillet – Paleo Festival – Suisse
  • 27 juillet – InterQlub Festival – Mauges sur Loire (49)
  • 04 août – Festival du Chien à Plumes – Langres
  • 10 août – Festival La Tête dans l’sable – Martinet (85)
  • 16 août – Fête Votive 10 ans – Venterol (26)
  • 22 août – Festival du Cabaret Vert – Charleville – Mézières
  • 24 août – MAD Fest – Cuisiat (01)
  • 31 août – TBC (33)
  • 13 septembre – l’Été Indé – Pau

L’écoute de l’ensemble de votre discographie révèle un sens réel de la mélodie. Comment se fait le choix des morceaux ? Plus généralement, pouvez-vous nous parler de votre processus créatif ? La mélodie, le riff d’abord ou les paroles en premier lieu ? Comment se passent les arrangements ?

C’est Théo qui compose généralement les riffs, les mélodies, les paroles. Après les autres musiciens viennent se greffer pour les 50% restants. Contre-exemple, le morceau « Crystal Clear » a lui été fait tous ensemble ! « Secret Story », « On the Edge », ou encore « Justify », c’étaient des trucs que Théo avait fait au sein de son projet personnel Pukko, il avait donc programmé jusqu’à la batterie !

Et pour finir, quels groupes de la scène musicale rennaise, plus largement bretonne, rock ou autre, appréciez-vous ?

Black Boys on Moped, Kaviar Special, Triceps, Von Pariahs…

On a déjà joué avec les Madcaps; On connaît Manau et Matmatah, des groupes de 1998, on venait juste de naître ! On a joué avec Matmatah dans un festival mais ils n’ont pas pu faire tout leur concert avec l’orage, plus d’électricité ! Donc en fait on n’a pas joué au même festival :-> !

Entretien réalisé par Gérald Kergourlay pour Off\On !

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