La harpe (2/2) – La harpe n’en finit pas d’évoluer!

John Delorme, Tom Marceau (et Alan Stivell) renouvelle la facture de l’instrument

Il est difficile de se représenter un modèle type de harpe étant donné qu’elle se présente à nous sous une multitude de tailles, adopte différents types de cordes (nylon/bronze/boyau), divers matériaux (bois, métaux, composites).  Sa palette sonore est très vaste. Il existe un très grand nombre de harpes différentes : harpes Troubadour/celtique/classique mais également bardiques, à double rangée de cordes, triples, paraguayennes, électro/midi, etc. sans oublier la Clairseach (petite harpe à corde de métal jouée avec les ongles).

Les éléments principaux de la harpe sont la colonne, la console et le corps sonore qui forment un triangle, dans lequel s’insèrent les cordes. Le corps sonore qui a pour rôle d’amplifier les vibrations des cordes est constitué de deux parties : la caisse de résonance et la table d’harmonie.

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Les cordes sont directement ancrées avec un angle proche de 90° sur la table d’harmonie, ce qui crée une sonorité particulière propre à la harpe. Lorsque la corde est excitée à la fréquence f0, du fait de l’angle quasiment droit  entre les cordes et la table, la table d’harmonie vibre deux fois plus vite, à la fréquence double 2*f0 (voir la Figure 2), contrairement aux autres instruments où la table d’harmonie est parallèle aux cordes et vibre à la fréquence fondamentale des cordes (guitare, violon, banjo, etc.)

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[harmonique double générée par la table d’harmonie]

Le travail de lutherie actuel se concentre beaucoup sur la qualité du rayonnement sonore de l’instrument, avec une recherche pour un rendu équilibré des graves comme des aigus, tout en garantissant un volume sonore important. Ceci ne peut être rendu qu’avec un choix judicieux du plan de cordes, des épaisseurs et masse des parties mises en vibration, du volume d’air emprisonné dans le corps sonore. Nous nous intéressons au travail innovant de deux luthiers français : John Delorme pour la harpe celtique « acoustique » et Tom Marceau pour la harpe « électro-midi » d’Alan Stivell.

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[Quentin Vestur et sa harpe John Delorme]

Le luthier John Delorme se concentre sur tous les aspects acoustiques cités précédemment, tout en vaillant à minimiser le poids de l’instrument. Il n’hésite pas à utiliser des renforts carbone entre la colonne et le bas de la table (plutôt que d’augmenter les épaisseurs de bois), il remplace les chevilles traditionnellement en acier par des chevilles en aluminium et envisage d’utiliser des clapets en carbone pour remplacer ceux en acier.

Plus profondément, il travaille sur les modes vibratoires de la table en faisant évoluer l’épaisseur de la table des graves aux aigus (du plus épais au moins épais, selon une loi pas forcement linéaire). Là où la plupart des luthiers préfèrent  une caisse de résonance neutre et ne jouer qu’avec les vibrations de la table, il modifie également l’épaisseur de la caisse en certains endroits de manière à ce que ses modes propres de vibration s’expriment également. Le travail sur l’épaisseur de la table et de la caisse permet à la fois de favoriser les vibrations du corps sonore, mais également d’alléger l’instrument.

Il cherche également à optimiser le transfert énergétique entre la corde et la table. Un mauvais choix des matériaux pouvant s’avérer préjudiciable, il utilise des œillets en os (point de fixation de la corde) qui garantisse un très bon transfert des vibrations des cordes.

Une autre innovation est la présence à la base du corps sonore d’une ouverture qui, si elle est bien dimensionnée, permet d’étendre le spectre sonore de l’instrument vers le grave. Bien connu et maîtrisé dans la lutherie de la guitare et des enceintes acoustiques bass-reflexe, le résonateur d’Helmholtz peut apporter beaucoup à la harpe….

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[Alan Stivell et sa harpe Stivell-Marceau]

Dans un  autre registre, Alan Stivell qui joue depuis de nombreuses années sur des harpes électro-midi continue à faire évoluer ses modèles de harpes solid-body. Depuis toujours, Alan Stivell souhaite avoir un instrument adapté à la scène qui tienne l’accord sous la chaleur des spots lumineux, de manière à ne pas être obligé de réaccorder l’instrument en cours de concert. La forte tension de ses cordes ayant détérioré sa harpe précédente (la structure de l’instrument avait tendance à vriller et à écraser les micros placés à la base des cordes), l’excellent luthier de basse Tom Marceau lui a réparé son instrument pour l’Olympia 2012 (concert remake de celui de 1972). Très satisfait du travail de Tom Marceau, il a décidé de réaliser son nouveau prototype de harpe avec lui. La première harpe Stivell-Marceau, composée de bois d’érable et d’aluminium, a vu le jour en 2013. On peut l’entendre ici :

 

Et surtout, on peut entendre le dernier prototype dans le nouvel album d’Alan qui vient de sortir à la fin du mois d’Octobre. Certains titres étaient déjà en écoute ici : http://7seizh.info/2018/09/06/trois-nouveaux-titres-dalan-stivell-en-ligne/

 

Gérald Kergourlay , invité de marque de Off\On !

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